Hommage à Carlos Saura

Hommage à Carlos Saura

Disparu en février dernier, Carlos Saura aura été l’un des cinéastes espagnols les plus influents et prolifiques de sa génération. La Cinémathèque suisse souhaite lui rendre hommage avec la projection de Cría cuervos, célèbre allégorie de la dictature qui a plongé son pays dans la torpeur, et avec laquelle il remporte en 1976 le Grand Prix spécial du jury au Festival de Cannes.

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Biographie(s)

Carlos Saura

Carlos Saura

Né en 1932 à Huesca, en Espagne, et décédé à Madrid le 10 février 2023, Carlos Saura était un réalisateur et scénariste espagnol. Reconnu comme l’un des cinéastes ibériques contemporains les plus importants, il a réalisé plus de cinquante films tout au long de sa carrière et a reçu sa première reconnaissance internationale en 1966 au Festival de Berlin, où son film La Caza remporte l’Ours d’argent du meilleur réalisateur. Anti-franquiste convaincu, il combat sans relâche la dictature de Franco en dénonçant les dérives du régime politique espagnol. Son film Cría cuervos (1976) est primé au Festival de Cannes et nominé aux Césars, mais il faudra attendre 1991 pour que Carlos Saura soit récompensé dans son propre pays en recevant les Prix Goya du meilleur réalisateur et du meilleur scénario pour son film ¡Ay, Carmela!.

Evénement(s)

Evénement

Mercredi 7 juin à 20:30

Chroniqueur de l’Espagne

Disparu en février dernier à l’âge de 91 ans, Carlos Saura est sans doute l’un des cinéastes espagnols les plus importants de sa génération. Né en 1932 à Huesca, au nord de l’Espagne, il a vécu, enfant, la guerre civile. Après avoir renoncé à des études de génie industriel, Saura entre à l’Institut de recherche et d’expériences cinématographiques de Madrid, dont il sort diplômé en signant un premier long métrage, de style documentaire et très marqué par le néoréalisme italien, Los golfos, la chronique de la dérive d’un groupe de jeunes, qui sera sélectionné au Festival de Cannes en 1960.

Allégorie cruelle des blessures de la guerre civile, racontée à travers les relations entre divers personnages durant une partie de chasse, La Caza (1966) remporte l'Ours d'argent du meilleur réalisateur au Festival de Berlin. A travers les symboles et les allégories d’un langage cinématographique complexe, parfois cryptique, Saura réussit à déjouer la censure franquiste tout en enquêtant sur les effets de la dictature et de la répression, comme Peppermint Frappé (1967), primé à Berlin, La madriguera (1969), El jardín de las delicias (1970), Ana y los lobos (1972) et en particulier La prima Angélica (1973), prix du jury à Cannes, dont les images symboliques indignèrent les parties les plus réactionnaires de la société espagnole.

Avec l’immensément célèbre Cría cuervos (1976, Grand Prix spécial du jury à Cannes) et Elisa, vida mía (1977), il commence à réfléchir sur les liens entre la musique et les images. Avec l’avènement de la démocratie et après Deprisa, deprisa (1981) qui lui vaut l’Ours d’or au Festival de Berlin, son regard se tourne peu à peu vers d’autres passions, la musique et la danse.

Il signe, coup sur coup, trois films qui feront date et rendront célèbres les danseuses et le danseur de flamenco Antonio Gadès, Cristina Hoyos et Laura del Sol: Bodas de sangre (1981), Carmen (1983, primé à Cannes) et El amor brujo (1986), une trilogie qui revalorise l’essence du flamenco, bien loin des clichés européens ou américains. Il reviendra souvent par la suite à ce type d’œuvres plus abstraites, sur des musiques et des danses tradition- nelles ou classiques, de Sevillanas (1991) à Jota de Saura (2016).

Carlos Saura n’a par ailleurs jamais caché son admiration pour la peinture: il met en scène son célèbre compatriote Goya dans Goya en Burdeos (1999), évocation des dernières années du peintre aragonais. Il n’oublie pas non plus de rendre hommage à celui qu’il considérait comme son maître de cinéma, lui aussi né en Aragon, Buñuel y la mesa del rey Salomón (2001). Et toujours attiré par les sujets historiques, il signe en 1987, El Dorado, superproduction sur le personnage du conquistador basque Lope de Aguirre ou La noche oscura (1989) qui décrit les années de prison subies par le prêtre mystique Jean de la Croix. Sans oublier son film le plus populaire, en Espagne du moins, ¡Ay, Carmela! (1990), un drame poignant sur la guerre civile avec Carmen Maura dans le rôle titre.

A la fois photographe, scénariste, romancier, décorateur et metteur en scène pour le théâtre et l’opéra, Saura a continué à tourner jusqu’au dernier souffle, ou presque. Dans une interview récente, il disait: «Chaque jour que le soleil se lève, je me dis, bordel, je suis toujours vivant».

Frédéric Maire (avec un apport du quotidien «Heraldo de Aragón»)