Rétrospective Richard Linklater

Rétrospective Richard Linklater

Rétrospective Richard Linklater avec ses œuvres les plus marquantes dont Blue Moon et Boyhood, projetés en sa présence.

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Alright, alright, alright

« Alright, alright, alright » : la triple répétition d’un adverbe exprimant la satisfaction est la « phrase fétiche », le leitmotiv verbal de Wooderson, l’un des personnages principaux du deuxième film de Richard Linklater, Dazed and Confused, sorti en 1993. Le personnage de cet « adolescent de métier », qui participe chaque année aux rituels de fin d’année de son lycée, est incarné par Matthew McConaughey, l’une des grandes stars hollywoodiennes, dans son premier rôle majeur au cinéma.

« Alright, alright, alright » est entré dans le vocabulaire américain, un extrait de dialogue cinématographique qui fait tout autant partie du répertoire culturel que le « I’ll be back » d’Arnold Schwarzenegger dans Terminator ou le « Go ahead, punk, make my day » de Clint Eastwood dans la série de films Dirty Harry (L’Inspecteur Harry).

Dazed and Confused marque quant à lui un tournant dans l’histoire du film sur la high school, le lycée américain. Aux représentations finalement toujours un peu mièvres des tourments des adolescent·e·s en pleine puberté dans les grands succès du réalisateur John Hughes des années 1980 – de Sixteen Candles à Breakfast Club en passant par Ferris Bueller’s Day Off (La Folle Journée de Ferris Bueller) –, Richard Linklater oppose dans Dazed and Confused, un regard sans concession sur les abîmes de cruauté propre à l’adolescence – à tel point que Samuel Fuller, après la première du film à Locarno, a déclaré à Linklater que le film l’enthousiasmait parce qu’il mettait en avant une émotion qui l’intéressait : la haine.

Un hommage à Linklater peut commencer par ce deuxième film, car il s’agit déjà d’une œuvre aboutie : la transposition d’un genre populaire dans le registre tragique d'un artiste qui maîtrise le langage de la culture populaire américaine tout en sachant replacer sa réinterprétation dans le cadre plus large d’une connaissance approfondie de l’histoire du cinéma. Comme aucun autre réalisateur depuis Chantal Akerman, Linklater n’a cessé depuis lors, à chaque film, d’élargir les possibilités du cinéma et de trouver de nouvelles formes cinématographiques.

Boyhood, sorti en 2014, en est un exemple parfait : un film sur le passage à l’âge adulte, tourné sur une période de douze ans avec la même distribution, une transposition du genre documentaire et sociologique de l’observation à long terme au cinéma de fiction ; un film à la fois épique et de grande envergure, mais aussi intime et précis, pour lequel il n’existe ni modèle ni possibilité d’imitation.

La diversité de Linklater transparaît également dans ses deux derniers films, Nouvelle Vague, une histoire romancée de la production du film A bout de souffle de Jean-Luc Godard, et Blue Moon, un huis clos avec Ethan Hawke, un habitué de Linklater, dans le rôle du parolier de Broadway Lorenz Hart, que nous présentons en première suisse. D'une grande érudition et profondément imprégné des traditions artistiques américaines, Linklater est à la fois le gardien et l'innovateur d’un riche héritage cinématographique.

Vinzenz Hediger

Biographie(s)

Richard Linklater

Richard Linklater

Richard Linklater compte parmi les figures les plus marquantes du cinéma américain contemporain. Avec Slacker (1991), Dazed and Confused (1993), Before Sunrise (1995), lauréat de l’Ours d’argent, et ses suites Before Sunset (2004) et Before Midnight (2013), il est l’auteur d’œuvres devenues des classiques de leur genre. Son épopée Boyhood (2014), tournée sur douze ans avec la même distribution, constitue une réalisation singulière dans l’histoire du cinéma et a été nommée pour l’Oscar du meilleur film. Parmi ses autres œuvres : School Of Rock (2003) avec Jack Black, Waking Life (2001), A Scanner Darkly (2006), et plus récemment Hit Man (2023) et Nouvelle Vague (2025). Linklater a collaboré, entre autres, avec Ethan Hawke, Julie Delpy, Cate Blanchett, Jack Black et Matthew McConaughey.

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