Rap! (1ère partie)

Rap! (1ère partie)

Après Pop! et Rock!, première partie de la rétrospective consacrée au Rap. Les origines, les influences et l’évolution de du genre et l'avant-première de Congo Boy.

Voir les films du cycle

RAP! Une culture, mille voix, mille territoires

Avant d’être un genre musical, le rap est une voix née dans les rues du Bronx dans les années 1970, portée par des platines, des mots, des corps en mouvement et des murs couverts de figures et couleurs. DJing, MCing, breakdance, graffiti: quatre gestes fondateurs d’une culture qui dépasse frontières, langues et générations.

Le cinéma n’a cessé de croiser cette histoire. Il a filmé les battles, les danseuses et danseurs, les DJ et les graffeuses et graffeurs, mais aussi les quartiers, les colères, les rêves et les combats qui ont nourri cette musique. Raconter le rap, c’est aussi raconter celles et ceux qui le portent: une jeunesse qui cherche sa place, transforme ses blessures en paroles et fait de la création une manière d’exister, de résister et de se faire entendre.

De New York à Los Angeles, du rap politique au gangsta rap, de Paris à Rome, des pionnières et pionniers aux nouvelles voix, cette rétrospective suit les chemins multiples d’une culture hip-hop devenue mondiale. Elle commence par les racines culturelles de la Blaxploitation, dont l’esthétique urbaine, les figures des héroïnes et héros noirs et surtout les bandes originales funk et soul ont nourri l’imaginaire hip-hop (Shaft, 1971).

Beat Street (1984) accompagne l’émergence et la diffusion du hip- hop, puis Spike Lee met en lumière, à la fin des années 1980, toute la portée sociale et politique. Dans Do the Right Thing (1989), le hip-hop n’est plus seulement décor ou pratique: il devient le langage d’une jeunesse confrontée aux tensions raciales et sociales porté par Fight the Power de Public Enemy. Le rap s'affirme comme un instrument de contestation.

Cette dimension sociale se retrouve dans Boyz n the Hood (1991), qui plonge dans le Los Angeles des années 1980 et met en scène pauvreté, violences des gangs et brutalités policières; de même, La Haine (1995) représente la réalité des banlieues françaises. L'univers du rap français, incarné à l’époque par des artistes comme IAM, Assassin ou MC Solaar, témoignent de l’appropriation européenne du hip-hop.

La rétrospective explore également le rap comme outil politique et moyen d’émancipation. L’étonnant Bulworth (1998) de Warren Beatty, satire politique déjantée, utilise le hip-hop pour interroger la politique américaine, les divisions de classes, les questions raciales et l’accès universel aux soins de santé. 8 Mile (2002) transforme quant à lui le parcours d’Eminem en récit de dépassement de soi: les difficultés sociales deviennent matière à création et le battle, un espace où reprendre le pouvoir sur son propre récit.

En Europe ou en Afrique (Congo Boy, 2026), d’autres films prolongent cette histoire vers de nouvelles scènes et de nouvelles voix, notamment féminines (Yo Mama, 2023), longtemps marginalisées. Ce premier chapitre, qui se poursuivra en janvier et février 2027, raconte ainsi le passage d’une culture urbaine née dans la marge à une expression artistique globale, capable de raconter les territoires, les identités, les luttes et les aspirations de plusieurs générations. To be continued ...

Chicca Bergonzi

Biographie(s)

Rafiki Fariala

Rafiki Fariala

Né en 1997 en République démocratique du Congo, Rafiki Fariala est arrivé très jeune en République centrafricaine où ses parents étaient alors réfugié·e·s de guerre. Très tôt, il commence à chanter. En 2013, il enregistre son tout premier morceau Je suis élève, qui devient un hit, et prend son nom d’artiste: RAFIKI – RH2O. Il découvre le cinéma en 2017, à l’occasion d’une formation à la réalisation documentaire organisée par les Ateliers Varan à Bangui. En parallèle de ses études d’économie à l’Université de Bangui, il réalise Nous, étudiants! un long métrage documentaire sélectionné à la Berlinale 2022 (section Panorama) avant de commencer un tour du monde des festivals où il obtient de nombreux prix (notamment à Cinéma du Réel et au Fespaco). Congo Boy est sa première fiction.

Evénement(s)

Avant-première Congo Boy avec présentation

Mardi 10 novembre à 20:30

A l’occasion de la rétrospective Rap!, la Cinémathèque suisse accueille l’avant-première de Congo Boy, première fiction de Rafiki Fariala, un récitautobiographique entre la République démocratique du Congo
et la République centrafricaine.

«Quand on parle de réfugié·e·s, on pense le plus souvent aux personnes qui viennent demander l’asile en Europe. Mais il existe aussi des centaines de milliers de réfugié·e·s qui quittent des pays africains pour rejoindre d’autres pays africains. C’est par exemple le cas de nombreux Congolais·e·s. Je suis moi-même un réfugié et j’aimerais qu’on regarde les jeunes réfugié·e·s différemment. Les réfugié·e·s ne sont pas des mendiant·e·s. Robert est un jeune homme qui se bat pour sa famille, un véritable soldat de la vie. Mais pas seulement. Un·e réfugié·e peut avoir des rêves. C’est ce que je voudrais qu’on retienne de l’histoire de Robert. La guerre, la folie de ce monde fait que beaucoup de jeunes réfugié·e·s n’arrivent pas à réaliser leurs rêves comme le font tous les autres jeunes du monde entier. Mais parfois c’est possible. C’est ce que j’ai vécu, c’est ce que je voudrais transmettre. C’est pourquoi même si le film est parfois dur, il est orienté vers la lumière, il porte l’espoir» (Rafiki Fariala).

Le film sera à l'affiche en décembre au Cinéma CityClub à Pully.

En collaboration avec