Rétrospective Claire Denis

Rétrospective Claire Denis

Rétrospective Claire Denis en collaboration avec Visions du Réel et le FIFDH. Son dernier film, Le Cri des gardes est présenté en avant-première au Capitole en sa présence.

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En creux

Figure marquante du cinéma contemporain français et international, cinéaste de la «modernité», Claire Denis rentre en France à l’adolescence, après une enfance passée dans plusieurs pays d’Afrique, et découvre enfin le cinéma. Elle réalise des courts métrages et devient assistante-réalisatrice notamment de Jacques Rivette (qui fera plus tard l’objet de l’un de ses documentaires), Dušan Makavejev, Roberto Enrico ou Costa-Gavras. Dans les années 1980, elle travaille avec Wim Wenders sur Paris, Texas puis Der Himmel über Berlin, et avec Jim Jarmusch sur Down by Law. Les expériences aux côtés de ces cinéastes lui confèrent le goût du risque, mais aussi une affection pour les «ellipses audacieuses et les plans-séquences éprouvants» (Claire Denis) – sans jamais s’abandonner à la facilité de la coupe.

En 1988, elle réalise ainsi son premier film, Chocolat (sélectionné au Festival de Cannes et nommé aux Césars). Film autobiographique, ou traçant tout du moins une histoire qui immanquablement évoque la sienne, il représente par ailleurs la première collaboration avec Agnès Godard, rencontrée à La Fémis, qui sera directrice de la photographie de tous ses films. C’est que Claire Denis collabore souvent avec les êtres qui l’inspirent; les actrices et acteurs ne font pas exception et laissent transparaître, à mesure qu’ils incarnent une galerie de personnages, quelque chose de plus tangible, que ce soit sur eux ou sur leur rapport à la cinéaste.

Parmi la trentaine de films réalisés, Nénette et Boni se verra récompensé d’un Léopard d'or en 1996 au Festival de Locarno, le très grand et incontournable Beau Travail sera présenté à la Mostra de Venise en 1999, tandis que Trouble Every Day, aux allures de film d’horreur psychologique sur le désir cannibale, sera projeté en 2001 au Festival de Cannes. Ces deux derniers travaux sont particulièrement emblématiques du rôle essentiel du corps dans l’œuvre de Denis. Tels des paysages sensuels qui rendent délicatement compte du rapport (érotique) de la filmeuse et des personnes filmées, de domination ou de soumission, les corps des actrices et acteurs sont déplacés, à l’épreuve du réel, traversés de rythmes et de musique, de répétitions et de désirs. Comme l’écrit Jean-Luc Nancy, qui a souvent observé l’œuvre de la réalisatrice – tandis que l’un des textes du philosophe a parallèlement inspiré un film de Denis (L'Intrus): «Le corps donne lieu à l’existence» (Corpus, Ed. Métailié, 1992, p. 16).

Claire Denis entretient de façon singulière et délicate un rapport récurrent au réel dans la fiction, ou dans la science-fiction – amorçant, avec High Life (2018), un nouveau chapitre de sa démarche. En ménageant l’espace nécessaire aux vides et aux creux pour rendre compte de ce que le jeu ou la mise en scène ne peuvent traduire, dans le rythme du montage, ou dans l’exploration des corps et du désir, la fiction se gonfle d’une matière réelle. A partir d’un fait divers, d’une expérience personnelle ou de la matérialité de ce qu’elle filme, Claire Denis tisse des objets cinématographiques à la fois modernes et aventureux, hésitant joyeusement entre austérité formelle et sensualité euphorique.

Texte rédigé à l’occasion de l’hommage rendu à Claire Denis, Invitée d’honneur de Visions du Réel en 2020

Emilie Bujès, directrice artistique de Visions du Réel

Biographie(s)

Claire Denis

Claire Denis

Figure marquante du cinéma contemporain, Claire Denis passe son enfance en Afrique avant d’étudier le cinéma en France. Elle réalise des courts métrages et assiste Jacques Rivette, Dušan Makavejev, Roberto Enrico, Costa-Gavras ou encore Wim Wenders. En 1988, son premier film, Chocolat, est sélectionné au Festival de Cannes et nommé aux César. Une trentaine de films suivront dont Nénette et Boni, Léopard d'or en 1996 au Festival de Locarno, Beau Travail, présenté à la Mostra de Venise en 1999, ou Trouble Every Day avec Béatrice Dalle et Vincent Gallo, projeté en 2001 au Festival de Cannes. Après Un beau soleil intérieur (2017) avec Juliette Binoche, elle retrouve l’actrice pour High Life (2018) avec Robert Pattinson. Tourné en anglais Le Cri des gardes est son dernier film.

Evénement(s)

Avant-première Le Cri des Gardes en présence de la réalisatrice

Mardi 17 mars à 20:00

La Cinémathèque suisse accueille le 17 mars le dernier film de la réalisatrice française, tourné au Sénégal. Cette séance est organisée en collaboration avec le Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH), où Le Cri des gardes est montré en compétition.

Le Sénégal est en pleine mutation, avec de nombreux projets routiers et portuaires. On m'a parlé d'un site côtier fermé depuis trois ans par les pêcheurs, car le port bloquerait leurs bateaux. J'ai trouvé là un terrain vague avec quelques éléments, mais aucune structure réelle. Nous nous sommes installés au milieu de nulle part, sans déranger personne. Lorsque nous avons commencé le tournage, les travaux ont repris sur le site. Heureusement, nous avons filmé de nuit, croisant le chemin des ouvriers. La construction du décor a été un moment clé pour l'équipe franco- sénégalaise. C'était un travail difficile, mais fascinant. Nous avons utilisé des conteneurs maritimes (...). Le Cri des gardes définit un espace nocturne. Le jour, il n'est pas nécessaire de crier. Il en allait de même dans les villes médiévales européennes, où les veilleurs de nuit s'écriaient: «Il est onze heures, braves gens! Dormez, la garde de nuit veille!». Comme si les gens avaient besoin d'être accompagnés tout au long de la nuit (Claire Denis).

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